La répression durcit en Europe : le Royaume-Uni passe aux SAC

Depuis le début de la crise, des mouvements sociaux de masse et/ou se radicalisant ébranlent la classe dominante mondiale. Il y a bien sur les exemples de la Turquie, du Brésil ou encore de l’Egypte, mais l’Europe n’est pas en reste. Et si les mouvements sociaux gagnent en ampleur la répression se durcit également.

Par un militant bruxellois

Ainsi depuis 2008, il y a eu 31 grèves générales en Grèce, une croissance du nombre de manifestations en Belgique, les 6.000 manifestations en Espagne rien que pour 2013,… La crise économique ayant placé les élites dirigeantes dans une situation où elles n’ont aucune solution ne serait-ce qu’à court terme (comme le prouve la montée du chômage, celui-ci n’étant endigué que par des mécanismes technocratiques d’expulsion des chômeurs hors des listes). La montée de la contestation sociale inquiète bien évidemment la classe dirigeante qui – en l’absence de solution et disposant de moins en moins de marges de manœuvre à cause des coupes antisociales successives – recourt de plus en plus à la répression.

Ainsi en Espagne la récente  »ley de Seguridad Ciudadana », loi de Sécurité citoyenne, restreint de façon drastique la liberté de manifester et donc celle d’expression (filmer ou photographier un policier en service : 30 000 euros d’amende, se rassembler en tant que groupe sur Internet autour d’une opinion : 30 000 euros d’amende,… ).

En Belgique il n’y aura bientôt plus personne pour ignorer le ravage des SAC (Sanctions Administratives Communales) tant au niveau de l’absurdité qu’elles peuvent receler (350€ pour une boule de neige à Anvers, sanction dès l’âge de 14 ans,…) que la dangerosité qu’elles représentent à travers leur volet de répression envers les jeunes et le mouvement des travailleurs (75 arrêtés et sanctionnés de SAC le 19 décembre dernier suite à la manifestation contre le sommet européen, 80 arrestations et SAC en mai dernier à Anvers suite à une manifestation contre Monsanto,…).

La classe dirigeante connait ses adversaires et ceux qui s’opposent de plus en plus à elle et elle a besoin de montrer les muscles.

 

Les SAC s’exportent

 

Mais l’exemple des SAC est maintenant copié au Royaume Uni via les IPNA, ce qui signifie Injunctions to Prevent Nuisance and Annoyance (sanctions pour prévenir les nuisances et les tracas). Un beau nom pour une saloperie démocratique : applicable à tous ceux qui ont plus de dix ans, sanctionnant non seulement les  »nuisances » mais également les  »menaces de nuisances », possibilité de se voir infliger deux ans de prison (3 mois dans un centre fermé pour jeunes pour ceux qui ont 10 ans, on appréciera le geste  »magnanime » du gouvernement conservateur britannique) si l’on se retrouve dans une situation qui  »pourrait déranger n’importe quelle autre personne ».

Même l’ancien procureur général (pourtant connu comme ayant voulu faire taire Katharine Gun, une mini-Snowden au Royaume Uni, en 2004) met en garde contre l’arbitraire et les abus autour de l’interprétation floue du concept de  »nuisance ». C’est ce que nous révèle LeVif.Be de ce 9 janvier. Au delà de l’aspect répressif de ce genre de loi, cela pose la question de la solution des classes dirigeantes contre les problèmes sociaux. Ainsi, en Belgique comme au Royaume-Uni, le chômage des moins de 25 ans a drastiquement augmenté dans la dernière période, les subventions allouées au secteur culturel se réduisent à vue d’œil (rappelons-nous la manifestation des artistes bruxellois le 13 décembre dernier) mais, dans le même temps, on attaque ceux qui s’élèvent contre l’austérité que l’on nous impose à tous les niveaux de pouvoir.

 

Et chez nous ?

 

L’article du Vif (dont on ne taira pas l’apparentement à des idées qui sont à des années lumières d’être progressistes) est orienté. L’article s’échine à montrer à quel point les Britanniques font bien pire que le gouvernement belge. Conclusion très belge en fait : il y a pire ailleurs, alors mieux vaut nous que les autres (un argument que nous ressort le PS à chaque fois qu’une mesure anti-sociale sort d’un gouvernement de coalition à la région, au fédéral, dans les communes,…)

Le PS s’est d’ailleurs fendu d’un communiqué disant que lui-même n’appliquerait pas dans « ses » communes, l’abaissement de l’âge sanctionnable à 14 ans. Se limiter à l’abaissement de l’âge pour lutter contre les SAC est une erreur. Comme développé précédemment la question des SAC ne se limite pas aux « petites incivilités » ou à « l’abaissement de l’âge », les SAC, leur développement et leur surutilisation récente entre dans une logique de répression généralisée, répression avancée comme solution aux nombreux problèmes sociaux alors qu’une réponse sociale est nécessaire.

Charles Picqué (bourgmestre PS, Saint Gilles) se vante même d’avoir combattu la malpropreté en distribuant 34 SAC sur sa commune (mi-octobre). Mais distribuer des amendes communales pour créer des ‘‘Rues Propres’’ c’est promouvoir la répression plutôt que des réponses sociales aux problèmes sociaux et nous pensons qu’une approche répressive n’empêche pas les incivilités et la délinquance : par exemple il nous faut plus de poubelles publiques et une collecte des déchets gratuite et régulière pour éviter les dépôts illégaux.

Les SAC ne répondent pas au problème des incivilités et de la délinquance. Il s’agit d’une mesure arbitraire destinée à combler les trous dans les budgets communaux. Et c’est particulièrement vrai pour St Gilles qui postpose depuis un an le dépôt de son budget… Mais l’austérité frappe et à tous les niveaux de pouvoirs. A Ixelles il était question de distribuer 2.000 SAC par an pour arriver à l’équilibre budgétaire. Mais quid de la réduction de la fréquence des collectes ? Quid de la réduction des effectifs de Bruxelles Propreté ?

Car ce qu’amène ces questions c’est qu’on demande à la population de payer des amendes ou alors de garder les poubelles chez eux (au risque d’insalubrité) car l’austérité a frappé et qu’il a fallu réduire drastiquement les effectifs de Bruxelles propreté. C’est en fait faire payer cette austérité aux travailleurs et à leur famille.

C’est pour toutes ces raisons que la plateforme StopSAC se mobilise depuis un an déjà contre les SAC, allant de manifestations nationales (1.000 personnes en juin, 2.000 en octobre) en actions locales pour combattre les SAC et prôner une réponse sociale aux problèmes sociaux comme alternative aux SAC et aux solutions de la classe dirigeante capitaliste.

En Angleterre comme en Belgique , nous devons nous battre contre les SAC : A bas les SAC moi j’aime la rue !

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