[INTERVIEW] Pourquoi être dans la rue ce 24 novembre avec le non-marchand?

Photo : Socialisme.be

Ce jeudi 24 novembre à 10 heures, une manifestation partira de la gare du Nord à Bruxelles. Le personnel du non-marchand dénonce les 902 millions d’austérité supplémentaires dans le secteur. Nous avons interviewé une jeune infirmière qui nous explique pourquoi elle descendra dans la rue ce jeudi.

Bonjour Céline, peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai terminé mes études d’infirmière cet été, j’ai tout de suite trouvé une place dans un hôpital, en gériatrie. C’est le service où l’on demande le plus de personnel actuellement, un service assez lourd ou l’on est confronté à toutes les pathologies confondues. J’effectue un horaire à pause mais pas encore de nuits. Je gagne environ 1600 euros en comptant les tickets repas.

Pourquoi as-tu choisi ce travail ?

Apporter du réconfort, apporter du bien-être aux personnes et les soigner. C’est un travail avec énormément de contacts humains et nous avons une relation particulière où règne un climat de confiance. On se sent valorisés, lorsque par exemple les patients nous disent merci, ce qui arrive souvent.

Peux-tu nous décrire tes conditions de travail ?

Comme dans d’autres boulots, le travail à pause est exigeant.

Nous avons un rythme de travail très élevé dans le service, il y a une pénurie de personnel et je suis parfois seule pour 12 patients. Il n’y a pas le temps d’un véritable écolage par les infirmières plus expérimentées pour les nouvelles engagées. En plus des patients, on doit gérer des familles en détresse. Il faut faire preuve de psychologie mais surtout de patience. On est constamment sollicités, et il faut sans cesse intercaler dans notre organisation des imprévus.

Malgré un rythme soutenu, nous n’avons pas d’autre choix que de faire des heures supplémentaires. Elles devraient êtres récupérées et payées mais dans les faits, ce n’est pas respecté, sans compter le temps de midi que l’on saute volontairement pour terminer le travail, et soulager l’infirmière de la pause suivante. S’en suit des burn-out, des crises de larmes et une auto-culpabilisation des collègues.

Lorsqu’un collègue est malade, la direction estime que des étudiants peuvent assumer le travail. Non seulement ceux-ci travaillent gratuitement, mais en plus ils n’ont pas le même rendement.

Tu seras dans la rue lors de la manifestation du 24/11, pourquoi ?

Tu sais, c’est mon premier boulot, les conditions sont difficiles et ça va grandement s’empirer. Chez nous, comme ailleurs, on profite des travailleurs et on tire constamment sur la corde.

Le gouvernement va couper dans le budget santé alors qu’on a besoin de tout l’inverse : des investissements massifs dans des engagements de personnel supplémentaire et de matériel.
La droite nous dit que les coupes sont nécessaires lorsqu’on gère un budget mais ces gens n’ont jamais travaillé avec nous. On rénove des bâtiments en repeignant des portes mais « il n’y a pas d’argent », par exemple, pour la climatisation. En été, c’est l’enfer pour les travailleurs et les patients qui doivent subir une température de 30° dans les chambres !

Les libéraux nous expliquent que c’est normal d’économiser pour établir un budget, comme tout le monde est d’ailleurs obligé de le faire. Mais l’Etat n’est pas tout le monde !

Les sources de financement de l’Etat sont multiples, on peut aller taxer les grosses fortunes et arrêter les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises (qui partiront de toute façon après avoir fait beaucoup de profit) au lieu de hausser la TVA et de couper dans les services publics. Le choix d’un budget est un choix politique.

Ça me fait rire quand on parle de l’argument du service minimum dans les services publics contre les grévistes. Le service minimum, il n’est déjà même pas respecté en temps normal vu le manque de personnel. La direction nous met la pression du haut vers le bas à la manière d’un pyramide, on doit inverser cette pression.

C’est particulièrement dur de s’organiser dans ce secteur, car les patients sont sous notre responsabilité. Il est hors de question de juste quitter tous ensemble le service, c’est d’ailleurs notre plus grande faiblesse pour construire un rapport de force. Pourtant, on y trouve une grande solidarité entre collègues, ainsi qu’une colère immense.

Dans ce type de secteurs, les grèves doivent être organisées à l’avance et une partie du personnel reste bien entendu au travail. Toutefois, les travailleurs peuvent exprimer leur colère et leurs désaccords en portant un badge, en faisant circuler des pétitions, en organisant des manifs au sein de l’hôpital, etc.

Tu as vécu le plan d’action syndical de 2014 en tant qu’étudiante, ses grèves massives et ses manifestations de masse. Ce sera ton premier mouvement en tant que travailleuse, qu’attends-tu du 24 novembre ?

Lors d’une discussion politique, une collègue m’a dit que c’était moins grave d’économiser dans la santé que dans l’éducation. Nous ne devrions pas à avoir à choisir, les moyens existent et il faut aller les chercher. Le 24/11 tout seul sera insuffisant pour faire annuler ces économies. On ne devra pas s’arrêter là. Cette manifestation, c’est évidemment l’occasion de montrer notre colère et d’attirer l’attention de tout le monde sur l’irresponsabilité des dirigeants. Mais elle pourrait aussi être le déclencheur d’un nouveau plan d’action comme celui de 2014. On a vu récemment les cheminots, les gardiens de prison, les travailleurs de Caterpillar, lutter seuls chacun à leur tour, mais on ne gagnera pas seuls. On doit impliquer tous les secteurs dans une seule et même lutte car le gouvernement ne reculera pas, nous devons le faire tomber.

Je ne pense pas qu’un gouvernement porté par d’autres forces politiques traditionnelles (centre et gauche par exemple) appliqueront une politique fondamentalement différente. La tendance est à la privatisation de tous les services, je pense plutôt qu’on doit nationaliser les secteurs-clé de l’économie sous contrôle démocratique des travailleurs et usagers. L’économie doit servir aux besoins des gens et aux nécessités dans la société, et non pas à engranger des profits pour une minorité.

RDV à 8 h ce jeudi devant la gare de Namur !

Départ collectif des Etudiants de Gauche Actifs – EGA
info@gauche.be www.gauche.be Emily : 0474 35 30 36

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