INAMI : calmer le mouvement pour ne rien changer

inami01Suite à une rencontre avec les ministres de l’enseignement supérieur des deux communautés (J-C. Marcourt et H. Crevits), la Ministre de la santé Maggie De Block a annoncé que les étudiants en médecine et en dentisterie, en pleine mobilisation depuis près de deux mois, auraient accès à un numéro INAMI. Mais qu’en est-il réellement ?

par Nicolas P.( Bruxelles)

Une solution partielle…

Si la Ministre a demandé aux doyens de « lisser » pour cette année (c’est-à-dire donner des numéros même si les quotas sont dépassés), il en va différemment pour les années ultérieures. Celles-ci, si elles dépassent les quotas, se verront accorder un numéro uniquement si un « lissage négatif » est appliqué, c’est-à-dire que ces numéros seront déduits dans le prochain quota (pour les diplômés post-2020). La situation finale est donc qu’aucun numéro supplémentaire n’est créé, et les étudiants n’ont à l’heure actuelle que des promesses sur la table, promesses d’autant plus scandaleuses qu’elles ne résolvent pas les problèmes principaux des soins de santé de ce pays.

Alors que la pénurie est démontrée par de plus en plus de chiffres officiels, et tangibles par tous les travailleurs de la santé, la Ministre préfère suivre les dogmes corporatistes et conservateurs de l’Absym, qui consiste à limiter le nombre de médecins et de dentistes pratiquant en Belgique.

« Diplômé recherche place de stage »

Une récente étude a montré que 43% des hôpitaux étaient actuellement dans le rouge (endettés de plus en plus chaque année…). Or, ce sont eux qui assument l’essentiel du coût de spécialisation des médecins (qui deviennent donc « assistants »). Une des revendications principales des étudiants lors de leurs mobilisations était un refinancement public des structures de stage. En effet, à quoi bon se retrouver avec un numéro INAMI si aucun hôpital ne peut prendre en charge la suite de la formation ?

Sur cet aspect-là encore, la Ministre fait l’autruche, et aucune réponse n’est apportée.

Sélection, sélection et re-sélection !

Tenace, la Ministre libérale a également demandé à la FWB de mettre en place, dès la rentrée 2015, une sélection à l’entrée des études de médecine et dentisterie.

L’opposition traditionnelle des organisations de gauche (et donc bien sûr des Étudiants de Gauche Actifs) et d’une partie des organisations étudiantes à la sélection à l’entrée des études (qu’il s’agisse d’un examen d’entrée ou d’une session de janvier hyper-contraignante) ne relève ni du caprice ni du dogme.

La Belgique possède un des enseignements secondaires les plus inégalitaires de l’OCDE. Sélectionner les étudiants, même en janvier, qui auront accès à l’apprentissage et à la formation ne va faire que perpétuer des inégalités sociales qui ne font que se creuser depuis une trentaine d’années. De plus, spécifiquement en médecine, le taux de prédictibilité de tels tests est extrêmement faible, les matières évaluées n’étant absolument pas celles qui seront nécessaire à être un bon médecin.

La capitulation comme seul horizon ?

Personne ne nie actuellement la nécessité de financer massivement les structures de stage. Personne n’ose remettre en cause les problèmes et injustices énormes causés par la sélection à l’entrée. Personne n’ose encore défendre le système actuel de numérus clausus et de panification centralisée tels qu’ils sont gérés pour l’instant. Malgré cela, beaucoup sont tentés de capituler. Admettre que « c’est comme ça » et cesser toute forme de contestation.

Mais face aux corporatistes de tous poils, aux ailes conservatrices et néolibérales de la politique belge, et à l’abdication de certaines organisations étudiantes, il est nécessaire de continuer à revendiquer ce qui est juste ! Un système d’éducation égalitaire, fondé sur l’amélioration des compétences et pas sur la concurrence, un système de soins de santé de qualité pour tous et pas à deux vitesses, pour une société juste, tout simplement.

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